
Le Rack’Am, Brétigny sur Orge
Bon sang, mais où étiez-vous ? devant la Tour Eiffel, pour fêter les 57 ans d’un croûton du rock français?, devant votre télé à regarder le lancement de l’euro 2000 ? Bah les mecs, une fois de plus, vous avez raté ceux qui auraient dù être le fer de lance du metal français, à savoir Madjik. Dommage. C’était votre dernière chance, car Madjik c’est fini.
Replaçons un peu le décor. Le Rack’Am de Brétigny est une ancienne MJC coincée entre une voie de TGV, une école primaire et une petite cité HLM. Pourtant, malgré cet emplacement peu propice, la salle est agréable, conviviale et bien équipée. Hélàs, ce soir-là, le Rack’Am était rempli au quart.
Le premier groupe, Enola, âgé d’à peine trois mois, n’est pourtant pas totalement inconnu. Trois de ses membres, dont le chanteur-guitariste-compositeur, sont des vétérans des Pro.Rata.Temporis. Pourtant, il ne reste aucune trace de metal ou de HxC dans leur musique qu’on pourrait qualifier de pop émotive entre Jeff Buckley et RadioHead. Un set très agréable bien qu’un peu court. On notera l’originale performance soliste du chanteur-guitariste lors d’un morceau où petit à petit, l’orchestration se construit autour des sons qu’il tire de sa guitare électro-accoustique qu’il sample et met en boucle en direct. Ingénieux.
Vînt ensuite Nihil. Bon, pour être franc, Nihil est un peu le groupe " chouchou " d’E-Zic. Aussi, c’était avec une certaine impatience que nous attendîmes les Bordelais. Et nous ne fûmes pas déçus. Débordant d’énergie, la présence du groupe est parfaitement à la hauteur de leur album, très cathartique. Au cours du set, le quatuor enchaîna ses implacables compositions avec un professionnalisme qui force le respect. Pourtant, ce soir, la machine Nihil n’était pas dans ses conditions optimales : pas de lights spécifiques, pas de visuels vidéo, et surtout un son très médiocre sur les voix (la voix d’Yves semblait provenir de…la rue et Pierre était inaudible) et les samples (un peu saturé le piano sur Nocturne…). Heureusement, la pêche était au rendez-vous et les interventions du chanteur, du gratteux, et du bassiste de Madjik parvinrent à réveiller un public attentif mais quelque peu anesthésié jusqu’ici. Enfin, l’apparition du futur bassiste Nihiliste (le précédent s’en va, divergences musicales, semble-t-il) finit de dynamiser l’ambiance. Les perles : Hypnosis, joué deux fois (quelle claque !) et Porn Game , monstrueux. Au final, un set plutôt sympa dans des conditions difficiles.
Madjik, enfin et hélas, Madjik. Autant le dire tout de suite, je ne connaissais pas. Et je regrette de les avoir découverts si tard. Dressons le tableau : Un chanteur massif, à la voix à la fois mélodique et puissante, un bassiste épileptique qui copule littéralement avec sa basse (et celle-ci apprécie son habile doigté), deux guitaristes qui assurent et ce soir-là un batteur intérimaire qui aura l’honneur de conclure la carrière du groupe et qui s’acquittera très honorablement de sa lourde tâche. Se qualifiant eux-mêmes de metal progressif à cause de la complexité de leurs morceaux, les origines de Madjik sont plutôt à aller chercher du côté de la fusion, la vraie. Entre mélodies arabisantes, chant aérien, parfois rappé, riffs lourds et entêtants, basse complètement barrée, Madjik parvient à produire une musique extrêmement riche, festive, entêtante. La présence du groupe, par ailleurs, est monstrueuse, ça bouge comme personne, ça descend dans le public, ça évolue dans tous les sens, c’est grand !
Et pourtant, comment ne pas réprimer un léger pincement au cœur en réalisant que ce groupe termine sa carrière dans une salle à moitié pleine, à peine, sans aucun journaliste présent, dans l’indifférence générale (sauf celle des amis et des fidèles). Un peu plus tard dans la soirée, Chris nous affirmera avec une certaine fierté que le groupe a toujours assuré ses concerts, a toujours foutu le feu, même devant deux spectateurs ou un chien. Honneur à eux, mais quel dommage que tout le monde soit passé à coté de CE groupe. En attendant, la prestation du quintette fut prodigieuse, culminant avec Assassine repris par pas mal de monde dans la salle, Lost qui transforma une partie du parterre en dancefloor et, après un rappel, par l’intervention des Nihil dans leur intégralité pour les mêmes morceaux. Au final, le deuxième Assassin se transforma en un véritable exutoire festif où Madjik, Nihil, le staff, le management et une bonne partie du public ne formèrent plus qu’une grande tribu dansant, chantant sur scène pendant largement plus d’une demi-heure, chacun y allant de sa petite performance, au grand dam de la sécurité et des propriétaires de la salle, qui, au vu de l’heure avancée de la nuit désespéraient de voir arriver la fin du concert.
Et, à vrai dire, on aurait pu continuer et peut-être bien plus longtemps, dans l’espoir vain de ne pas voir finir cette soirée, car tant que ça jouait, Madjik existait encore
Chroniques et photos : M.H |