On avait venté les mérites du festival du Cabaret Vert lors de l’édition 2006. Programmation excellente, concept terroir, écologie, village associatif et arts de rue intéressant, il y avait comme dirait un goût de reviens-y à Charleville-Mézières qui planait avant même la découverte de l’affiche 2007. On sentait le potentiel du petit festival qui deviendra grand, avec pourquoi pas, une programmation s’étoffant et s’orientant vers l’internationale… Bingo ! Avec Archive, The Gladiators et Asian Dub Foundation annoncés en tête d’affiche, nos prédictions étaient justes ! Avec pour compléter le tout Matmatah, Lofofora, Nosfell, No One Is Innocent, Punish Yourself ou encore Les Hurlements d’Léo, ainsi que les nombreux groupes régionaux, ça en jette ! Et je précise qu’il ne s’agit là que de la  troisième édition !...

Les Ardennes sont donc devenues ma nouvelle terre d’accueil du dernier week-end d’août, histoire de finir la saison des festivals d’été en beauté, avant de réattaquer vous savez quoi. Mais comme l’année dernière je ne serais présent que pour les journées de vendredi et de samedi. Si quelqu’un veut nous faire part des ses impressions en ce qui concerne le dimanche, la rubrique commentaires vous attend !

Enfin dernier détail qui n’en est plus un quand on a vécu le Hellfest, Evelyne Dhéliat annonce un week-end partagé entre nuages et éclaircies mais a priori sans précipitation. Et elle ne s’est pas trompée !

 

Vendredi 31 août

 

Mais avant même mon départ pour Charleville-Mézières, première information de taille, Arno annule son concert du soir ! L’un de ses musiciens venant d’être hospitalisé en urgence, le chanteur belge a préféré renoncer. Dommage, c’était en ce qui me concerne un concert en forme de découverte dans un exercice qui n’est pas mon favori, celui de la chanson à textes.

Arrivée légèrement tardive, c’est au son des Reskapés, groupe rémois que se passe mon arrivée sur le site. Et dans Reskapés, il y a ska. Et c’est bien de cela dont il s’agit, du ska plutôt traditionnel, un peu dans la lignée des Skatalites, rythmé et cuivré, pas mal pour un accueil chaleureux !

Le décalage de programmation suite à l’annulation d’Arno me permet d’assister au concert de No One Is Innocent en entier, ce qui n’aurait pas été possible dans le cas contraire. Et pour les avoir vus récemment en live à l’Arcade de Notre-Dame de Gravenchon, j’espère que la claque infligée sera équivalente !

Mais certains impératifs (gonflage de matelas pneumatique) me font écouter les trois premiers morceaux au loin, dont un « Nomenklatura » qui j’imagine a sérieusement du enflammer le mosh-pit ! Il est d’ailleurs surprenant que même affairé à appuyer sur la pédale d’un gonfleur, le headbanging reste tout de même spontané malgré la distance ! Le seul morceau interprété de l’album Utopia a été retravaillé et a franchement gagné en efficacité. Le reste du concert se faisant dans des conditions normales, je profite à fond des titres de l’exxxcccccellent dernier album Gazoline. La période la plus rock du groupe c’est-à-dire les deux derniers albums sont à l’honneur, ça joue vite et bien, sur scène les quatre membres de No One assurent. Pourtant on sent le groupe quelque peu impatient et souhaite davantage de participation de la part du public qui aura du mal à se faire entendre. Et c’est ce qui sans doute freinera quelque peu les ardeurs du groupe en mal d’interactivité. N’empêche qu’un concert de No One Is Innocent reste quelque soit les circonstances un pur moment de rock’n’roll incendiaire !

Un peu plus tard dans la soirée ce sont d’autres rockers bien de chez nous qui investissent la grande scène du Cabaret vert et pour une première en ce qui me concerne, il s’agit de Matmatah ! Je ne me serais attardé qu’au premier album du groupe breton, l’incontournable La ouache, presque tout le reste ne sera que découverte. Et de manière assez inattendue, le groupe me paraît sur scène beaucoup plus rock que les standards celtiques qu’on a pu leur attribuer. Qui plus est, le rock de Matmatah se présente dès les premières mesures comme particulièrement efficace et jouissif ! Assurément un tube comme « Lambé an dro » est un véritable carton sur scène mais le reste de la discographie plus récente du groupe possède aussi son charme et ne manque pas d’intérêt, bien au contraire. Pourtant, même remarque que précédemment pour No One, on sent là aussi un groupe qui n’a que comme leitmotiv de faire danser les gens. Or Tristan, chanteur de Matmatah de son état, semble lui aussi soucieux de la bonne forme de son public qu’il interpelle à de nombreuses reprises pour lui demander sa participation qui tarde un peu à venir à son goût. Heureusement un autre tube est lancé, « Emma », et permet enfin un véritable échange. Finalement on sent que le respect exprimé envers Matmatah sur scène est tellement profond qu’il finit presque par intimider ! Il n’empêche que les Bretons ce soir m’auront totalement convaincus comme groupe de scène.

S’en suit la première grosse tête d’affiche internationale du festival, les valeureux Gladiators sont un peu les invités surprise du Cabaret vert 2007 ! Personnellement je suis ravi de les revoir sur scène, et surtout de prendre une bonne dose de reggae roots et plein de positive vibrations dans les oreilles ! Depuis combien d’années le groupe existe ? Combien d’albums réalisés ? Peu importe, pas le courage de compter. Ce qui est certain en tout cas c’est qu’on détient là sous nous yeux l’une des légendes du reggae jamaïcain, annoncée en provenance directe de Kingston, ce n’est quand même pas rien !

Des tubes (“Stick a bush”, “Rich man poor man”, etc…), du groove à outrance, un Al Griffiths des plus chaleureux et en pleine forme malgré les décennies qui s’écoulent, le concert des Gladiators ce soir à Charleville est un pur moment de danse, de détente et de sourires qui nous ferait presque nous oublier nous-mêmes ! La magie du reggae a bel et bien opéré ce soir en terre ardennaise, les vibrations sont tellement perceptibles qu’elles entraînent instinctivement le pas de danse des jambes les plus fatiguées ! Vive les Gladiators et vive le reggae !

C’était le dernier concert de la grande scène, peu avant l’entrée en piste du tout dernier groupe de cette première journée de vendredi, Monster Klub. Du punk-rock assez audacieux avec contre-basse incorporée, rappelant vaguement le groupe américain Mad Sin en presque aussi jovial ! Je n’aurais vu que la toute fin du concert mais le public a semble-t-il apprécié, demandant en vain un rappel qui ne viendra pas.

Allez, direction la tente, à demain pour de nouvelles aventures !

 

Samedi 1er septembre

 

Les plus matinaux, même si on est en début d’après-midi, mais bon, il s’agit d’un festival et donc d’un emploi du temps particulier, sont les Punch Chaos sur la petite scène. Pas une mauvaise idée que de programmer un groupe de punk-rock particulièrement hargneux pour commencer la journée du bon pied. Ca remet les neurones en place !

De l’autre côté du site c’est le groupe carolomacérien (j’aurais appris quelque chose ce week-end !) Sarazvati qui est annoncé, groupe déjà présent l’année dernière mais sur la petite scène. Un rock assez étrange, pas vraiment conventionnel, voire loufoque, mais qui ne me marquera pas spécialement, car même si la musique est plutôt originale, elle n’est en revanche pas très entraînante. Je retiendrai en revanche la voix de son chanteur assez proche de celle de Cedric Bixler-Zavala de The Mars Volta. Rien que ça !

Retour vers la petite scène, davantage donc dédiée aux découvertes régionales. Et n’en v’là une belle qui se profile… de découverte ! Le groupe en question s’appelle Kowaï, et autant vous le dire tout de suite, ce sera en ce qui me concerne LA révélation du Cabaret Vert 2007 !! Sur une base assez métal, gratte saturée et gros son, avec une demoiselle au chant, s’ajoute un surprenant saxophoniste donnant au métal un air de fiesta ! Le résultat est tout à fait convaincant, c’est festif tout en restant puissant par des assauts rythmiques qui percutent, et mélodique grâce au chant féminin. Un excellent groupe de fusion dont il me tarde déjà d’en savoir plus. Kowaï, un nom à retenir !

Un groupe qui n’est plus une découverte depuis des années c’est bien Lofofora ! Retour sur la grande scène donc en tentant une approche réussie en marge du mosh-pit. Et là où le public pouvait peut-être paraître un ton en deçà des espérances, ou plutôt par rapport aux performances scéniques depuis hier, Lofofora va mettre tout le monde d’accord. Une liste de titre assez impressionnante, de « Auto-pilote » en passant par « Accélère » ou l’incontournable « L’œuf », ainsi que par des extraits de Mémoire de singes (sortie nationale le 8 octobre), le groupe est tellement pro, tellement à l’aise, que même à une heure  inhabituelle, l’impact d’un Lofo sur scène est démentiel ! Un Reuno particulièrement souriant cet après-midi malgré un soleil qui l’éblouirait presque, le regard toujours aussi perçant, les jeux de mots et boutades en pagaille, et ses trois musiciens en très grande forme, y compris Daniel, bien plus présent et mieux préparé que par le passé. Un ultime pogo sur « Buvez du cul » vient achever un très très grand concert de Lofofora qui en aura satisfait plus d’un en ce samedi après-midi ! Mais un peu court par contre. Ce qui a le mérite d’encore un peu plus donner l’envie de revoir jouer le groupe durant la nouvelle tournée qui approche…

Je me projette quelques heures plus tard, nous voici en début de soirée, histoire de vous présenter un drôle de phénomène. Il nous vient de Lyon, il s’appelle Siméo et propose une musique d’une grande richesse… tout en étant étrangement seul sur scène ! Il ne s’agit pas d’un homme orchestre mais d’un multi-instrumentaliste, guitariste, bassiste, DJ, percussionniste, bruitiste et bien sûr chanteur. A l’aide de tout un jeu de pédales dissimulées aux quatre coins de la scène qu’il fait jouer en boucle, Siméo compose seul en ajoutant les boucles les unes aux autres. Un résultat surprenant et surtout une parfaite mise au point et synchronisation de tous les éléments utilisés ! On appelle ça du sound system acoustique mais je vous conseille surtout de retenir ce nom : Siméo !

Le crépuscule commence à remplir le ciel ardennais quand arrive sur scène le groupe britannique Archive, un an après le concert en tête d’affiche aux Eurockéennes de Belfort. Quelques notes de piano introduisent ce qui sera d’après moi le plus grand moment de ce Cabaret Vert. Une introduction graduelle où chaque élément se conjugue, guitare, batterie, basse puis chant installant une atmosphère tout simplement féerique. Une intro de près d’un quart d’heure saisissante de douceur et d’intensité, un moment de vive émotion, berçante et sensationnelle, comme sur un nuage. Un nuage dont il est difficile de redescendre, même si la suite du concert est davantage orientée rock, l’état de béatitude dans lequel nous plonge Archive est tellement palpitant que rien ne saurait nous en éloigner. Un concert de toute beauté que nous ne serons pas prêts d’oublier.

Changement d’ambiance radical avec l’arrivée sur scène de Punish Yourself. Là nous plus, pas besoin de présentation, il s’agit d’un groupe unique au monde, plus auteur de spectacles invraisemblables que de concerts à proprement parlé. Esthétique futuriste, peintures fluos de la tête au pied, graphismes surréalistes et musique dantesque. La nouveauté vient de la présence de deux grandes toiles de chaque côté de la scène, sur lesquelles deux humanoïdes vont dessiner et peindre formes et halos plus ou moins identifiables, toujours dans cet univers cyber-punk délirant, durant toute la durée du concert. Un concert dont on retiendra avant tout un spectacle fracassant de bruits et de couleurs, plus qu’une musique pas vraiment intéressante car stéréotypée et froide.

S’en suit la dernière grosse tête d’affiche internationale du week-end : Asian Dub Foundation ! Fan depuis belle lurette, ce sera pourtant mon tout premier concert d’ADF malgré les tournées régulières des Anglo-pakistanais par chez nous. ADF c’est certainement l’un des plus beaux mélanges de cultures musicales de ces dernières années. Entre les sonorités indiennes, le ragga, la jungle et le breakbeat, Asian Dub Foundation s’est monté un grand succès planétaire et notamment en France, pays avide de métissage par excellence. Pourtant depuis le départ de ce formidable chanteur qu’est Deeder Zaman, l’édifice semble malgré tout avoir perdu quelque peu de sa superbe, notamment des albums moins fringants que le monumental triptyque Facts & Fictions, R.A.F.I. et Community music. Et cela se ressent au final sur scène, où l’absence de Deeder Zaman ne permet pas aux membres restants de reprendre ces anciens morceaux avec la même fougue. Il n’empêche qu’ADF reste un groupe modèle d’ouverture d’esprit musicale, comme le témoigne les instruments présents sur scène : guitare, basse, platines, percussions, tablas etc… Mais Deeder si tu nous entends, reviens vite !!

Nous arrivons au terme de ces deux premières journées. C’est l’extraterrestre Nosfell qui est attendu en cette toute fin de soirée sur la grande scène. Difficile de trouver les mots pour décrire un tel artiste. Chanteur, guitariste, conteur, danseur, contorsionniste, l’homme est tellement talentueux, tellement génial, qu’on ne peut réellement partager l’expérience d’une telle rencontre, il faut la vivre, la sentir, quelque part entre rêve, méditation et cosmos. Il n’existe pas de place pour la réalité dans le monde de Nosfell, comme une sorte de méta-musique. C’est tout simplement beau !

 

C’en est fini en ce qui me concerne pour les concerts de ce Cabaret Vert 2007, reste la journée de dimanche (appel à témoins !). Je précise qu’en dehors d’une telle programmation que le Cabaret Vert ne manque pas d’arguments en ce qui concerne tous les « à côté » du festival. C’est-à-dire un village associatif présentant toutes les associations humanitaires et les combats nobles de la région, des produits de consommation issus du terroir local, avec la palme au passage pour l’oubliette et le jambon grillé, ainsi que d’une multitude de spectacles de rue encore plus présents que l’année dernière. Bref, le festival du Cabaret Vert se veut avant tout multiculturel et convivial, et le moins qu’on puisse dire c’est que cette vocation lui convient à merveille. Le Cabaret Vert est peut-être en passe de devenir LE rendez-vous des festivaliers de fin de saison. En tout cas c’est tout le mal qu’on leur souhaite ! Mais pour en être depuis deux ans, le Cabaret Vert, ça marche !

 

 

Mille mercis à Nicolas Humbertjean, chargé de promotion.

 

Crédit photos : Benoît Noël, Pascal Ploix et Dom Poirier

 

JB

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