Sidilarsen
Forts d’un maxi autoproduit puis distribué par Mosaic Music (« Emotion Numérique »), et d’un premier album (« Biotop »), couronné par le « Biotop Tour » avec lequel ils franchissent la barre des 150 dates, les Sidi nous reviennent aujourd’hui avec « Eau ». Ce nouvel opus a comme son prédécesseur été enregistré et mixé par Fred Norguet. Entre-temps le groupe signait avec Active Entertainment/Pias.
Bar Black Dog, l'antre métal de Châtelet, une demi-heure de discussion avec Didou (voix), rejoint sur la fin par Viber (voix & guitare).
Peux-tu me parler de ce nouvel album « eau », et surtout de votre évolution. « Eau » est très différent de « Biotop », plus varié, avec une utilisation différente des machines, l’introduction du ragga qui apporte pas mal de choses.
Didou : Oui, il y a une évolution qui s’inscrit dans le parcours de Sidilarsen, mais tout est venu naturellement il n’y a pas eu de préméditation. Il y a une curiosité musicale dans Sidi depuis le début. Donc à chaque fois qu’on a le sentiment d’arriver au bout de quelque chose, on a envie d’aller vers une orientation un peu différente. Mais naturellement. Et là je pense que « Eau » c’est un petit peu la concrétisation de nos envies ces deux dernières années. Il y avait des petits signes sur « Biotop » avec un morceau comme « Cardiotonic » par rapport au ragga. C’étaient juste des prémisses, on l’a un peu plus concrétisé sur cet album. Et pareil sur cet album il y a un morceau final (NDLR «Ethereal ») qui est un petit peu une fenêtre qui est plutôt dub electro et qui peut-être ouvrira d’autres choses sur l’avenir de Sidilarsen. On aime bien de toute façon ne pas rester figés. Et puis dans notre évolution on en arrive à un moment où, quel que soit l’angle musical qu’on aborde, je pense qu’on reconnaît un minimum la touche Sidilarsen. Je pense qu’on a réussi vraiment à se trouver.
Après cet album, et on le verra avec le recul nous on est un peu trop le nez dedans, est certainement un peu plus mature que le précédent du fait qu’il y a plus d’expérience, il y a eu plus de préparation pour le réaliser aussi.
Donc il n’y avait pas de parti pris d’évolution pour ne pas refaire le même disque ?
Non non, ça ne nous traverse même pas l’esprit, on a fait ce qu’on avait envie de faire. Après je pense qu’il y a des liens, des points communs entre les deux albums. Là on a pu tester quelques nouveaux morceaux en live pour les intégrer à l’ancien set et ça fonctionne bien, ça s’intègre bien. Après tant mieux si tu sens des différences, nous ça nous fait plaisir puisqu’on est excités par l’envie d’innover un minimum et de toucher aussi de nouveaux publics, de ne pas rester enfermés dans une seule façon de faire.
Comment s’est passé l’enregistrement ?
La principale différence, c’est que le premier avait été enregistré à Blois, au studio Pôle Nord. Dans des conditions moins faciles que celles qu’on a eues pour ce deuxième album. Mais avec Fred Norguet ça s’était très bien passé pour « Biotop », humainement, et artistiquement. Ca ne nous a vraiment pas déçu, bien au contraire, on savait pourquoi on l’avait choisi. On a vraiment pris un très très grand plaisir à faire notre premier album avec lui : c’était très naturel de faire le deuxième avec lui.
Par contre on avait envie d’un cadre plus « reposant », donc on a choisi Le Chalet à Bordeaux, qui se trouve au milieu d’une forêt, c’est vraiment tranquille. Et du coup je pense qu’on a approfondi nos liens avec lui, il s’est investi plus en profondeur que sur « Biotop » : c’était véritablement le sixième membre du groupe pendant l’enregistrement. Il s’est impliqué dans tous les détails.
Et cet enregistrement s’est déroulé dans la sérénité totale, alors que pour « Biotop » : premier album, c’est une expérience difficile à vivre dans le sens où tu n’es pas sur de ce que ça va donner, tu n’as pas forcément confiance encore en toi à 100%. Là je pense qu’on avait davantage confiance les uns envers les autres, chacun savait ce qu’il allait faire, ce qu’il allait donner. Et notamment au niveau des prises de chant, c’était plus décontracté que sur « Biotop », les deux chanteurs on a vraiment eu une spontanéité, que Fred a su mettre en avant. C’était un vrai plaisir cet enregistrement, et on est déjà en train de parler du troisième : on le refera avec Fred très certainement, parce que c’est quelqu’un qui ne reste pas figé une façon de faire, qui est toujours prêt à évoluer, à expérimenter. C’est vraiment la démarche qu’on souhaite avoir. Donc tant qu’il sera ouvert d’esprit, qu’il aura envie d’innover et d’avancer on a envie de travailler avec lui parce qu’humainement ça colle parfaitement.

Est-ce que tu pourrais m’en dire un peu plus sur l’importance de la danse dans votre musique ?
C’est vrai que c’est une composante en live très importante de Sidilarsen. En fait au tout début du groupe on avait quelques influences communes, mais pas beaucoup : on a des goûts très différents après chacun, mais on était attirés par la scène indus. Et cette scène nous a amenés à utiliser des machines, mais très rapidement on n’a pas eu envie de les utiliser de la même façon que les groupes indus. On s’est demandé comment se démarquer en utilisant des machines et on est naturellement allé vers quelque chose de plus groove. Et on développé le côté dancefloor, surtout sur « Biotop ». Et forcément en live, cette efficacité basée sur la pulsation trouve un écho dans le public. Et même si on pense appartenir à la scène métal française au sens très large du terme, notre public n’a pas des réactions stéréotypées métal.
Dans un concert de Sidi, il peut y avoir du pogo ou du slam, mais ça ne représente pas du tout la majeure partie du concert. Il y a un aspect hypnotique dans Sidilarsen qui est voulu : dans chaque concert, dans le choix de l’ordre des morceaux, on part de quelque chose d’assez conventionnel, assez métal au départ, pour que les gens puissent se lâcher facilement. Et petit à petit on emmène vers quelque chose de plus en plus hypnotique, et progressivement on va sur des tempos qui sont beaucoup plus utilisés dans la techno ou dans la transe et très peu dans le métal.
Qui écrit les textes dans Sidilarsen ?
Les deux chanteurs : le chanteur guitariste et moi-même on écrit tous les deux. Tous les musiciens du groupe ont un droit de regard sur les textes : dans Sidi c’est très démocratique, tout le monde participe à tout. Mais après, les années passant, c’est vrai que chacun a approfondi son domaine, on a de plus en plus confiance les uns envers les autres. Et au niveau des paroles, Viber et moi-même on écrit chacun la moitié des paroles en gros. Il nous arrive d’écrire certains textes ensemble, mais la plupart du temps, et surtout pour cet album, on a écrit chacun de notre côté.
Après il y a une spécificité, c’est le fait qu’on est tous deux des amis d’enfance : on se connaît extrêmement bien. On a beaucoup d’affinités, c’est très facile pour moi d’interpréter un texte de Viber et pour lui d’interpréter un de mes textes c’est très naturel. On a des points communs dans la façon d’écrire. Même nos proches n’arrivent pas à savoir qui a écrit quel texte en général. Souvent même on préfère, ça entretient un peu le point d’interrogation et puis on n’ pas envie de rentrer dans les détails genre « lui il a écrit ça », et puis si un jour il y a un morceau qui marche « c’est lui qui l’a écrit » : on s’en fout quoi, ça n’a aucune importance.
Pourquoi l’avoir appelé « eau », cet album ?
On n’a pas choisi ce nom pour le signifiant du nom, mais plus pour la sensation que ça peut dégager. Et en fait on n’avait pas de titre pour cet album, parce qu’on était beaucoup trop le nez dedans. Les dernières semaines avant l’enregistrement ça s’est fait dans le speed, c’était tendu au niveau du calendrier. Donc c’est en réécoutant l’album que nous est venu ce titre, plus pour la sensation qu’on peut avoir en l’écoutant au niveau des sonorités : il y a un côté aquatique qui revient assez souvent dans les machines, un côté féminin qui est abordé aussi dans les paroles et dans le côté un peu plus sensuel de certains morceaux.
Voilà, donc dans cet album chaque texte est plus personnel, plus fouillé, donc c’était difficile de trouver un titre qui aie rapport avec l’ensemble des paroles. Donc on a préféré choisir un titre qui soit de l’ordre de l’émotionnel. Pas comme « Biotop » où c’était vraiment un titre conceptuel qui englobait l’ensemble de l’album au niveau des textes.
Après l’eau ça évoque aussi la profondeur, la naissance, la vie, et ce sont des thèmes qui sont abordés. Et là le titre colle très bien avec la pochette (NRLR : une méduse).
Depuis le premier album il y a dans votre musique une éthique, une réflexion, notamment autour du progrès humain, pourrais-tu développer ? N’y a-t-il par ailleurs pas plus de révolte dans ce nouvel album,
Oui peut-être, oui.
une vision un peu plus sombre aussi ?
Je pense que tu n’as pas tort, il y en a beaucoup qui nous l’ont renvoyé, le côté plus triste et plus sombre des paroles, et des mélodies aussi. Ca n’a pas été calculé une fois de plus, nous-même on ne s’en était pas rendus compte : il a fallu qu’on nous le dise.
L’éthique de Sidilarsen dont tu parlais, je pense que c’est l’éthique de la remise en question permanente. Et donc dans nos paroles s’il peut y avoir des phrases marquantes il n’y a aucune volonté de se poser en donneur de leçon. Il y a plutôt une volonté d’amener un questionnement ou une réflexion sur certains thèmes. En général pour ça on va chercher plutôt en nous-même, voir ce qui peut foirer ou ce qui peut fonctionner. Et on se dit qu’en chacun de nous, en chaque être humain il y a quelque chose d’universel. Donc si on est sincère avec soi-même normalement les gens doivent s’y retrouver. Après je pense que sur cet album, au niveau des textes, il y a eu un retour à quelque chose de plus personnel mais qui existait déjà dans Sidilarsen avant « Biotop » dans des maxis qu’on avait faits avant, où il y avait déjà des textes personnels. Et sur « Biotop » on a eu envie en gros de 5-6 morceaux avec des textes volontairement plus simples d’accès, plus superficiels mais voulus. Notamment des textes qui portaient sur notre musique comme le morceau « Tecknotrone », basé sur la description de notre musique. C’était voulu tout simplement pour affirmer notre identité musicale, puisqu’elle était pas très bien perçue à nos débuts : les puristes ne comprenaient pas pourquoi on utilisait des beats de techno, beaucoup de gens critiquaient. Et donc on a fait exprès d’utiliser des textes bêtes et méchants pour choquer, pour faire parler un peu. Et sur celui-là on avait envie de montrer que Sidilarsen c’est pas QUE ça, ça va beaucoup plus loin. Mais les deux albums sont complémentaires, on ne renie rien du tout, les deux côtés sont très importants pour nous.
Un titre justement comme « La morale de la fable » ?
C’est vrai que c’est le texte le plus engagé de l’album. C’est un peu un constat d’échec de l’homme moderne et ceux qui décident -pas forcément les politiques-. C’est un constat mais sans se poser en donneur de leçon : après les gens réfléchissent, ils pensent ce qu’ils veulent de ce qu’ont a évoqué. On ne veut pas démontrer quoi que ce soit.
Peux-tu me parler un peu de l’aventure Sriracha ?
Sriracha, pour nous, ça a été le prolongement d’Antistatic un petit peu, c'est-à-dire que c’est un peu le même genre de personnes qui se battent pour développer la scène française : souvent des bénévoles, des gens qui bossent énormément. Je pense qu’on ne pouvait pas trouver mieux comme tourneur, tant sur le plan humain que sur le plan de l’efficacité. C’est une chance qu’on a eu de pouvoir entrer chez eux, beaucoup de groupes aimeraient pouvoir. Ca s’est fait naturellement une fois de plus, par relation humaine. Après, la route continue. Notre nouveau label, Active, est très motivé pour bosser avec nous. Pareil, c’est vraiment une rencontre humaine avant tout. Et on a toujours bossé comme ça : on souhaite travailler avec des gens avec qui on s’entend bien, et qui aiment ce qu’on fait. Beaucoup plus souvent qu’on ne le croit il y a des labels de maisons de disques qui bossent sur des groupes sans forcément aimer leur musique.
Et justement, dans ce contexte d’aventure humaine, est-ce qu’il y a des groupes au sein de Sriracha dont vous êtes proches ?
Le groupe dont on a été proches depuis la sortie de « Biotop » ça a été Tripod puisqu’on a pas mal joué ensemble. On a un bon feeling, on a pas mal de points communs du fait qu’on soit deux groupes de province. Le fait qu’ils soient marseillais, nous toulousains, a créé quelque chose d’intéressant nous. Je pense qu’il y a des points communs dans la galère, la misère qu’on a traversé pour arriver à faire parler de nous.
Et alors là vous avez simplement quelques dates pour roder un set en vue d’une tournée programmée pour plus tard à l’automne : France, Suisse, Belgique ?
Viber : Tout a fait. Du fait aussi que notre batteur va être papa en avril, on ne va pas tourner en avril et on va privilégier les dates un peu évènementielles : festivals notamment. Ca va nous permettre d’intégrer les nouveaux morceaux après la sortie de l’album.
Didou : Voilà pour l’instant on a 4 nouveaux titres sur le set actuel, on va intégrer les autres bientôt. Et à l’ automne tournée nationale massive puis Belgique et Suisse.
Et est-ce que vous sentez un peu une évolution dans le jeu de scène liée à celle de la musique ?
Viber : Oui bien sur
Didou : Je pense que les nouveaux morceaux ont une influence sur notre jeu de scène notre façon de vivre la scène, ça c’est évident : on l’a senti samedi dernier à Orsay, c’était la première fois qu’on jouait des nouveaux morceaux. Ca nous a amené d’autres vibrations forcément. Après c’est vraiment la route qui nous forge et qui nous fait évoluer, c’est constant. Il n’y a pas de marche d’escalier je pense dans notre évolution.
Viber : Après sur les nouvelles dates on va peaufiner l’aspect scénique mais c’est plus sur le plan décor, lumières où il y aura une petite touche supplémentaire.
Hé bien merci.
Merci à toi.
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