La nuit tombe déjà et je m'approche à grands pas des locaux de Sony, pas loin de Champs...Après un rapide check auprès d'une délicieuse standardiste, l'ascenseur me mène à l'étage où des batons de couleurs posés sur pattes attendent qu'on leur pose des questions...Questions que vous, lecteurs, avez eus la bonne idée de poser sur le site, parce que bon, je ne suis pas ce que l'on peut appeler un spécialiste du cas Pleymo...L'attaché de presse m'accorde 30 minutes pépère d'interview, avec Kefran (samples et vox populi) et Burns (batteur)...

E-zic : que pensez-vous avoir apporter à votre deuxième album comparativement au premier ? Kèçsya en plus ?
Kefran : non, qu'est-ce qu'il y a en moins surtout (rires). Non c'est vrai, il y a beaucoup de choses en moins dans le sens où on a simplifié beaucoup beaucoup la composition. On fusionne plein de styles dans le groupe et bien souvent on a envie de mettre plein de choses dans notre panier à chaque chanson...
Burns : on a donné une direction...Enfin, on a pris une direction sur chaque morceau en épurant plus par rapport au premier, c'est à dire quand on a fait des chansons metal ils étaient vraiment métal, des morceaux mélodiques vraiment mélodiques, des morceaux hip-hop vraiment hip-hop, plutôt de faire un grand mix...Genre opéra rock de dix minutes.

E : et quand vous dîtes que vous fusionnez plein de styles, vous avez gardé lesquels pour faire l'album ?
kefran : gardé ? Bah, tout ce qu'on écoute nous : on a tous une culture à la base qui est vachement rock, grunge, metal, en passant par le hip-hop...Aussi bien musicalement qu'au niveau de l'esprit, on retrouve tout un tas de choses, et c'est tout ce mariage d'un tas de choses qui fait la musique de Pleymo avec l'énergie comme fil conducteur.
Burns : tous les 6, on a tous des goûts musicaux différends et c'est sur l'énergie que l'on se retrouve en fait.

E : en parlant de hip-hop, ce que vous faîtes est en gros de la fusion, et on vous colle une étiquette de 'hop-core' voire 'néo-metal', vous en pensez quoi ?
Kefran : moi je pense que quelqu'un qui ne connaît pas le style a besoin, malgré tout, de quelques références même si le mot 'néo-metal' ou 'hop-core' n'est pas forcément parlant pour tout le monde. Après bon, pour un public un peu plus averti qui écoutent Limp Bizkit, Korn, Slipknot ou Deftones, le néo-metal est plus vaste, chaque groupe ayant sa spéficité et c'est vrai que l'originalité de Pleymo réside dans sa musique, l'image et l'atmosphère qui s'en dégage, les textes et les pochettes...Enfin, je dirais que les étiquettes sont importantes pour les non-initiés mais que quelqu'un qui connaît saura faire la différence sans ça.

E : votre signature chez Sony...
Kefran : faut dire 'Epic'
E : ...chez Epic, label de Sony, semble être décisif pour les autres groupes de la scène néo : je pense que d'autres groupes vont profiter de cette impulsion pour émerger, et vous ?
Kefran : disons que c'est vrai que de notre point de vue on se rend pas compte, ça nous est arrivé, on nous donne les moyens de jouer notre set dans la cour des grands. C'est vrai que c'est assez excitant de ce côté-là mais les résultats et les conséquences je sais pas et de toute façon elle ne pourront être que positives même si on ne sait pas comment ça va se passer avec la sortie de l'album...
E : ...vous avez les chiffres ?
kefran : bah non, tout ce qu'on sait c'est qu'il y a un pressage de 12 000 exemplaires , mais bon, je sais pas si on peut parler de ce même shéma où on connaît bien les maisons de disques qui regardent ce que le voisin à fait et faire sa sauce : ok, si ça se fait moi j'ai rien à dire, tant mieux, si ça peut profiter à d'autres groupes, mais malgré tout c'est pas une raison pour se poser et se dire qu'on va voir ce qui se passe. Si on est arrivé là c'est qu'on s'est vachement bougé et qu'on a fait avancer les choses par nous même : maintenant, je pense que l'attitude est de continuer dans ce sens là aussi bien pour nous que pour Pleymo et puis aussi bien pour les groupes qui fonctionnent dans la même veine, je parle d'Enhancer, je parle de Watcha, etc.
Je veux dire moins on baisse les bras et plus ça avance, c'est toujours une question d'échelle, parce qu'il y a toujours des proportions à garder, là il y a une évolution entre le premier album 'Kesçisspass' et 'Medecine Cake' mais il faut encore une évolution au troisième album, et là où il où il y avait des gens qui disaient 'mais vous vous rendez compte sur ce premier album, vous avez fait un truc formidable, vous étiez un indé, etc.' et si on s'était reposer sur ça à l'époque, ben on en sera pas là. Et aujourd'hui si on se repose une fois de plus sur dire 'he ben voilà on est chez epic' je pense qu'au troisième album on aura pas plus évolué.
C'est un état d'esprit, soit t'as décidé de tout déchirer dans ce que tu fais et donc t'avance t'avance t'enfonce les murs, ou alors t'attends, t'attends qu'il se passe des choses et je pense que là on est pas du tout dans cet esprit là, on a jamais attendu qu'il se passe quoi que soit on a toujours pousser les gens pour que ça avance encore plus. On est vraiment ça, tu donnes ça on prendra plus. Mais pas financièrement forcément, par rapport aux moyens. Là je veux dire Epic nous a ouvert des portes, alors on s'est dit qu'est-ce qui va se passer, d'habitude il bosse avec des trucs qui n'ont rien à voir, puis finallement on s'est dit 'eux ils ont joué le jeu, ben nous on va jouer notre jeu' parce que jusque là c'était comme ça. Quand on a débarqué chez Wet Music avec Artsonic et Watcha, déjà à l'époque on était à dire 'file-nous des flyers, on va les distribuer' file-nous ci file-nous ça, faut qu'ça bouge faut qu'ça avance, et il n'y a que comme ça que ça marche, je me faisais la reflexion il y a peu : 'je passais à une boutique de fringues qui est un peu le QG de cette scène, où tous les kids de Paris passe pour se mettre au courant, qu'est ce qui sort, quel groupe a fini sa démo, y a un concert de machin etc. moi ça fait sept ans que j'habite à Paris, et c'est une des premières boutiques avec lesquelles j'ai accroché..Enfin bon, moi je passe, je suis en train de discuter et le mec y'me fait tiens y a le concert d'un petit groupe là, des potes à moi--je lui dis ah bon c'est curieux je suis pas au courant--et un quart d'heure plus tard t'as un type qui passe pour déposer les flyers et il dit 'on s'est mal démerder, le concert est pour ce soir, personne n'a été prévenu à temps, etc.', et moi je dis la connerie est là : pour le moindre concert, ben nous les flyers on les faisaient 2 mois avant...
Burns : ...ouais on faisait des opérations commandos
Kefran : ... carrément, le premier concert qu'on a fait à Paris, je me souviens encore c'était en décembre 98, on l'a fait sur une péniche, le propriétaire était super réglo avec nous, il avait l'habitude de faire des concerts, sa péniche on l'a blindé. Il était étonné le mec, il a dis putain c cool vous êtes connu et tout. Ben non on est pas connu, on a mis les gens au courant quoi. Y avait surtout des gens curieux ce soir là.
Nous on fait ça et maintenant on aime garder cette démarche à n'importe qu'elle échelle.

E : avez-vous consenti à des compromis artitisques pour produire cette album ?
Burns : ah ben non, justement c'était la grosse surprise. On est arrivé avec une maquette comprenant beaucoup de morceaux et quelques morceaux mélodiques et ils ont écouté les morceaux plus mélodiques et ont dis : 'ah c'est pas du Pleymoça, nous on veut du pleymo bourrin comme vous savez le faire'...
Kefran : déjà rien qu'aux maquettes, il y avait une vingtaine de morceaux, y avait des morceaux cash, ils les ont écouté et tout, ils étaient gentils avec nous, ils disaient tiens c'est bizarre, p'tête qu'il faudrait les travailler un petit peu, disons qu'en gros on sens pas le truc quoi. En fait c'était une façon très diplomatique pour nous dire attendez, déjà ça nous plaît pas et puis on vous retrouve pas dans ces chansons et c'est une connerie...

E : mais vous quand vous les avez créées vous pensiez les sortir ?
Kefran : on les a faites par plaisir, c'était aussi se dire tiens y a aussi ça qu'on aurait envie de faire, alors bon, si on a un peu plus le temps...on a eu envie de se faire plaisir. Mais en même temps ils ont su judicieusement nous recadrer en disant faîtes pas la connerie qu'on fait tant de groupe en arrivant sur une major, en mettant des violons dans leur musique, etc.
Burns : Ils ont resté proche de notre direction artistique...

E : au final vous avez retrouvé votre compte dans cette histoire ?
Kefran : ouais mais c'est vrai que tu perds vachement de ton objectivité quoi, quand t'as le nez dedans quand tu composes pendant 3 mois, tu mets à plat les maquettes t'écoutes etc. Ben à un moment donné tu sais dire ça, ça marche, ça, ça marche pas, puis après tu te dis p'tête que celle-ci, essayons de voir, mais essayer jusqu'à quel point, tu sais pas trop.
Quand on était en négociation, à l'époque il y avait deux maisons de disques, le choix s'est fait humainement parce que au niveau financier c'était pas les plus offrant Epic, et il y avait un caractère tellement humain dans l'équipe qu'on se sentait en confiance, on avait des gens en face de nous qui avait un discours cohérent, et qui nous disaient aussi nous on a des carences, du métal on en a jamais fait mais on met à votre disposition notre professionnalisme, pour que vous réalisiez votre album. et ça vraiment je trouve que c'était bien cadré, parce qu'une fois de plus c'est la même histoire, Pleymo c'est 6 personnalités vraiment débordantes d'énergie qui ont un petit peu besoin d'être recadré, parce que sinon ça s'éparpille un peu.

E : elle vient d'où cette idée de featuring de martin(Stereotypical Working class) sur l'album ?
Kefran : en fait nos potes de Noisy Fate ont tourné avec eux, et ils ont ramené une maquette, mais putain les mecs sont bon.
C'est vrai qu'on avait envie de partager cette aventure, on avait fait appel à Bob(Watcha) et Flavien(Wunjo)...Nous Pleymo on a fait notre petit chemin, il nous en reste un long devant nous, et on avait envie de tendre la main, parce que se serrer les coudes c'est ça qui fait avancer le truc.
On aurait pu faire un autre délire avec Enhancer, mais bon, les gens connaissent nowhere maintenant, le truc c'est de pouvoir se tourner vers des gens qui vont pouvoir renforcer l'équipe : quand t'as des groupes comme les stereo qui déchirent comme ça t'as envie de les mettre devant la scène, tu vois, partager notre émerveillement...

E : que signifie ce personnage énigmatique sur la pochette ?
Burns : c'est le docteur Tank...
Kefran : c'est un peu un concept...Disons que ce n'est pas un concept album, mais dans un premier temps, on l'avait imaginé comme ça.
Burns : je n'aime pas le mot 'concept' mais c'est surtout une histoire graphique...
Kefran : en fait sur la pemière chanson, tu as l'intro qui te jette un peu dans l'ambiance, et la deuxième chanson, c'est ça qu'elle raconte, ça raconte l'histoire d'un personnage qui est medecin un peu farfelu dans le sens où il n'est pas là pour soigner les gens malade mais pour soigner les gens normaux, et pour les transformer en plus. Et donc t'as ce personnage qui a une dégaine d'enfer, et tu retrouves l'histoire tout au long de l'album qui raconte l'histoire. Tu sais moi je préfère vraiment laisser les gens découvrir parce qu'il y a un truc super intrigant la-dedans, il y a beaucoup de mystère, t'as pas réponse à tout...
Burns : on a pas tout l'album autour de ça, musicalement, parce qu'il faut aussi parler d'autres thèmes qui nous concernent...

E : Et le fameux concept 'Bioman', qu'est-ce que vous pouvez m'en dire ? Vous me rappelez vos couleurs ?
Burns : blanc
Kefran : noir
E : bah alors (kefran n'est pas habillé dans sa couleur) ?
Kefran : bah, il a fallu que je repasse chez moi vite fait pour me changer...

E : c'est pour la scène, pour soigner l'image ?
Kefran : c'est pour donner une fois de plus des trucs forts : on a pensé que ça nous donnerait une plus forte identité sur scène, avec des grands batons de couleurs qui bougent sur la scène. On a préparé les live avec ce concept, on s'est fimé pour voir l'effet que ça donne, et c'est très fort.

E : vous intervenez sur le prix des places ?
Burns et Kefran : non.
Kefran : nous notre politique quand on organisait nos concerts, on faisait des places à 20 ou 30 balles, y a que comme ça que tu blindes des salles.

E : qu'est-ce qui fait le son français dans le metal ?
kefran : tu peux pas débarquer avec un son super médium à la Nirvana en ce moment. Il faut des grosses guitares. Un gros son, quoi.

E : est-ce qu'il n'y a pas une façon de s'échapper de ce format (le son US avec des grosses basses), de faire avancer le truc pour l'avenir ?
Burns : descendre les guitares encore plus bas (rires).
Kefran : je crois qu'à ce moment, chacun sa directive, tu vois. Nous on a essayé de faire certains mariages sonores, avec des couplets où il n'y a que des machines : du sample et de la batterie. Puis j'ai écouté des morceaux de Watcha, où ils marrient des trucs techno avec leur musique, je trouve ça très fort. C'est là où s'avance. Mais avant tout, là où il y a un son français, c'est les groupes qui chantent dans cette langue et qui véhiculent un message fort. Nous dans Pleymo, on a inventé un langage, à base de verlan, qui renforce l'imapct de nos chansons sur le public. Les gens kiffent tout de suite sans la barrière de la langue.

E : on va parler de 'starification', puisqu'en ce moment les autres membres du groupe sont en interview avec des magazines spécialisés, dont Teknikart, qui a une étiquette un peu plus 'arty', voire milieu très intellectuel et branché. Ça vous fait quoi de voir que de tous horizons, on s'interesse à vous maintenant ?
Kefran : moi ça me fait plaisir parce que je suis abonné (rires). Mais c'est vrai que c'est un peu curieux. Et ça nous permet de faire passer notre message, en élargissant notre sphère d'influence. je ne trouve pas que cela soit péjoratif que les médias s'interessent à nous.

E : on dit que vous avez choppé la grosse tête...
Kefran : mais ça c'est nomal. On fait de la musique, c'est pour se faire remarquer. Et on se fait remarquer pour qu'on écoute notre musique. C'est vachement interactif. Et jamais je n'accepterais qu'on me dise 'fais ta musique et sois discret'. Au départ, on fait la musique pour se faire plaisir, mais c'est vrai que ça reste quelque chose d'assez égocentrique sur scène...

E : ça voudrait dire que ce que vous êtes sur scène continue à s'exprimer même au dehors ?
Kefran : toutes proportions gardés, ouais. Et puis la pression est telle des fois qu'on a du mal à répondre à toutes les demandes, ce qui peut être mal interprété.

E : si vous n'étiez pas Pleymo vous seriez quoi ?
Burns : moi, j'aurais voulu être Hardgamer !!
Kefran : je sais pas...J'aurais un peu plus continué l'école...

Là il y a l'attaché de presse qui vient me demander de terminer l'interview.

E : bon la dernière, quelle est votre philosophie profonde de la vie ? (rires)
Kefran : s'éclater. Trimer pour s'éclater.

Voilà bon. Je quitte les bureaux de Epic, le dernier Pleymo (pochette rouge) sous le bras et un exemplaire de rocksound. J'avais encore dix mille trucs à demander mais on va réserver ça pour l'interview backstage du prochain concert...

Pablo, Le 10 janvier 2002, locaux du label Epic, Sony à Paris.

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