Plus, qu'une interview, c'est une véritable confession que nous livre le chanteur de Madjik ce soir là.
Après un concert d'environ 2 heures, on a eu le droit d'interviewer Chris, le chanteur, qui d'habitude ne donne jamais d'interview. Après avoir parlé de leur dernier concert au Divan du monde et du son pitoyable que possède cette salle, on a commencé.

Interview avec Chris ( Chanteur ) et Stéphane ( Guitariste ).

On voulait commencer par vous dire que ce dernier concert était vraiment "Grand" ?

C : On vous remercie les gars.

Alors, une question que tout le monde se pose, c'est vraiment terminé ou pas ?

C: Il est clair que dans l'état actuel des choses : Ouaih...

Pourquoi une telle décision ?

C: Disons qu'après avoir donné beaucoup, écumé les routes, passé beaucoup de temps; il y a un moment donné d'autres pressions qui font que tu te retrouves dans un contexte ou tu n'arrive pas à vendre plus de 50000 albums et il faut s'accrocher. On a donné beaucoup, on a déjà produit le premier 3 titres que l'on avait fait, coproduit le 4 titres que l'on a distribué et après encore coproduit l'album et coproduit le mixe, enfin tout tu vois. Et tu y laisse du temps, beaucoup d'énergie et de l'argent aussi, et a un moment donné, il est difficile de gérer le fait qu'il faut qu'il y ait de la thune qui rentre. En plus tu bosse à coté, moi je fais du chantier à coté donc ça n'a rien à voir. Donc tu bosses du lundi au jeudi, et le jeudi ou le vendredi tu pars en concert et tu rentres le dimanche et tu te dis : Mais on répète quand là dedans ? ET quand que l'on va réussir à bosser de nouveau morceaux et quand est-ce que l'on va réussir à faire des choses ? En plus le fait de ne pas passer de temps en répète, ça fait qu'à un moment il y a un petit écartement qui se fait entre les personnes, ça fait qu 'untel commence à s'intéresser à ça et du coup on ne peut pas évoluer ensemble puis ce que l'on ne se voit plus, on se voit pour jouer des vieux morceaux, donc ça crée pas mal de décalage et il y a pas mal de choses qui font que... Tu sais quand tu cours pour arriver à renflouer tes découverts... ( Stéphane, le guitariste arrive )
S : Maintenant on peut le dire : ça a toujours été du play-back ( Rires général )
C : Donc ça n'est pas évident à vivre. Donc tu vois quand on a fait le premier album, on a compté entre 12 et 15 heures de répèt par semaine. Donc en fait tu travailles comme un malade et puis il y a un moment donné ou tu te dis : et la thune elle vient quand ? Car les concerts on sait ce que c'est, les derniers temps, ça allait beaucoup mieux au niveau des cachets, la première année, c'est genre tu perds de l'argent, la deuxième année tu commence à revenir dans tes frais car tu as des cachets de 1500, 2000 FF, et l'année d'après, les cachets deviennent un peu plus intéressant mais de là à vivre avec, il y a du chemin. Tu as du matos à acheter, les assurances, des frais...
S: Il y a un truc qui est super dur en ce moment pour les groupes de Rock : On ne signe plus de groupe de Rock en France, les seuls qui signent, ce sont des boites indépendantes.
C : le problème est en fait que si tu ne rentre pas dans une certaine mouvance... Et je coirs que d'ailleurs ça n'a jamais été notre cas, c'est un peu ce qui nous a desservi, c'est qu'en toute objectivité, notre album dénotait de tout ce qui se faisait de Rock en France. Quand je réécoute l'album, je comprends que les gens aient eu du mal, ils doivent se dire " Ouaih, les mélodies, j'accroche bizarrement, j'ai du mal à capter" . Et donc si tu ne rentres pas ans une certaine mouvance, tu as du mal à ranger les cds dans les bacs et ça passe mal. Tu vois le Néo Métal, c'est plus heavy que nous mais on sait ou le mettre, c'est plus accessible. Nous tu dis : Je ne sais pas quoi en faire...
S: Le problème aussi, c'est que pour signe un mec qui fait des remix, il a un budget d' 1 million, regarde les groupes de Rock dans quelles conditions ils sont signés ??? Tu vois à force de tourner, il y a un moment tu plafonnes car on ne te donne pas l'aide qu'il faudrait. Les seuls groupes qui arrivent à survivre, c'est des groupes comme Lofo...
C: et eux ils en ont donné les pauvres. Le problème aussi, ce qui à mon avis noua gêné ( En toute objectivité ), c'est notre différence, on aurait ou pense que ça aurait pu nous aider, et bien non, pas en France.
S: De sources très officielles, j'ai entendu les démos de ce qu'était Korn avant d'être prix par Ross Robinson, et bien franchement, il n'y a qu'un américain pour oser signer ça car Korn, ça ne ressemble à rien.

Et que pensez-vous un peu des groupes français actuels ?

S: Moi en 3 ans, j'ai hallucine de voir le niveau des groupes français monter grave, je vois des groupes comme Tripod ou des trucs comme ça qu'on a vu la toute première fois, c'était hallucinant.
C : Mais bon, tu vois d'un coté, il y en a aussi pas mal qui ne sont pas du tout originaux. Moi je m'intéresse pas mal à ça, et tu vois en 3 ans, on a du faire 250 dates avec toujours des groupes en ouverture que j'ai regardés, et je peux te dire qu'il n'y en a que 7 ou 8 qu'on retiendra par la suite. Il y a peut être un début d'ouverture. Mais bon, tu vois en 1997 je me disais déjà ça et aujourd'hui on est en 2000 et rien... Et peut être on a l'impression qua car le son est meilleur, mais bon j'ai l'impression qua le gouffre est toujours là.
S: Je pense qu'en France, il n'y a pas les structures pour accueillir le Rock, même au niveau des ingénieurs du son, pour quoi ils vont tous voir André ( Gielen NDLR ) ou Kramer, ils vont tous en Belgique, en Suisse, c'est parce qu'en France : NON... Et il n'y a pas un mec qui assure. Il y a aussi une question de culture, la France est un pays de chansonnier, pas un pays du Rock.

Et donc qu'est ce que vous tirez de toutes ces années de musique ?

S : plein de bonnes choses. Il faut le faire mais il faut savoir s'arrêter aussi.
C: C'est mortel en fait. Moi je me souviens de tous les concerts qu'on fait et toutes les galères, les expériences de studio, c'est Mortel. C'est un truc qui est génial car tu vis ça et c'est un truc que plein de gens ne vivront pas, mais faire de la scène, il y a plein de gens qui ne resteront que spectateur touts leur vie, et moi j'aurais été spectateur et en plus j'aurais vécu le truc sur scène, c'est mortel. Et surtout là où on peut être vraiment fier, c'est qu'à aucun moment dans nos concerts, personne ne pourra dire que l'on s'est foutu de leur gueule, car malgré tous les problèmes que tu peux avoir dans la vie, on a toujours essayé d'être à fond sur scène, de donner le meilleur de nous même et ça je suis fier de ça, que les gens aient payé ou pas payé leurs places on a toujours été... On a fait un album dont est super content...
S: Petite anecdote, on a traversé la France de long et en large et le centre est le public le plus dur. Une fois aussi on a joué dans une salle qui est 5 fois plus grande qu'ici ( Le Rackam NDLR) et on a joué devant un chien au début du concert, et il y avait aussi l'ingé son et Alex.
C: Tu vois aussi un de nos meilleurs concerts on l'a fait au cadran Omnibus qui tient quand même 1000 ou 1200 places, il y a eu un groupe avant nous, donc il y avait eu dans le public, il y avait le père de Bastien ( Le bassiste) et sa s½ur, on a donc fait 6 entrées. Et bien c'était sûrement le concert le plus hallucinant qu'on ait fait ou l'on s'est senti le mieux.

Et vous avez l'impression d'avoir commis des erreurs ?

C: D'une on a sûrement faites, et de deux il y a eu sûrement parfois des conjonctures qui n'étaient pas propice pour nous et le fait de faire parfois un truc un peu en marge, sans parler d'original, on n'a rien inventé, je pense que tout ça nous a desservi d'une certaine manière. Et j'ai déjà eu des retours, car parfois je me faisais un peu une parano sur certains milieux, certains groupes, ou je me disais : C'est quand même bizarre -- encore une fois ça ne sert à rien de faire la fausse modestie, on n 'a pas la grosse tête mais il est tant d'être objectif -- Et puis il y a aussi notre batteur qui est parti avec qui on s'entendait vraiment bien et la musique collait parfaitement, ça n'avait rien à voir. Et c'est vrai qu'à force de tourner on a acquis pas mal d'expérience et on a eu de supers retours des gens mais ça aussi d'une certaine manière ça nous a desservi de la part de certain milieu du rock, on disait : Madjik c'est le groupe avec qui on veut pas jouer. Moi au début je pensais que c'était une paranoïa, je me disais que c'est bizarre, car avec ce qu'on a réussi à faire, on a jamais eu une première partie !!! On a jamais eu une réelle première partie avec des groupes tels que Lofo alors que tout le monde a joué avec Lofo en plus Karim est un pote à nous, tout le monde a joué avec Mass Hysteria, et bien on a jamais joué avec eux, ça aurait du se faire et à chaque fois on nous disait non, le management ne veut pas et en fait on commence à entendre qu'on était un peu le groupe avec qui il ne fallait pas jouer et tu as l'impression parfois aussi que quand tu es un bon groupe de scène, ça te dessert aussi d'une certaine manière et puis il y avait aussi les gens qui ne savaient pas nous catégoriser et qui nous prenaient aussi pour des baltringues et donc ne voulait pas trop de nous en concert. On a quand même gardé un peu les contacts avec des mecs comme Oneyed Jack et malgré tout on sentait qu'on avait rien à faire avec eux et voulait pas qu'on est à faire avec eux d'une certaine manière. Après il y a sûrement eu des erreurs personnelles, des trucs qu'on aurait du faire un peu plus. Et aussi à cause de cette histoire de couleur un peu spéciale, on n'a pas convaincu au niveau de l'album et surtout au niveau mélodique et pour la plupart des gens ça a du être difficile de capter et c'est sûrement pour cela que les gens venaient nous voir en live car ils adoraient en live mais sur l'album il n'y a pas eu le déclic. On a peut être cherché un peu trop loin dans la musique, on aurait du être plus naturel, tu vois des morceaux comme " Marche " dans l'album, c'est de trips de musiciens et rien d'autre.
S : Une grosse erreur aussi qu'on a pas défendu, c'est qu'on nous a catalogué dans les groupes Hardcore alors qu'on fait plus du progressif, on est plus proche d'un groupe comme Dream Theater en fait, ou dans la catégorie fusion aussi, mais en France fusion = Rage Against The Machine, on aurait du plus affirmer notre couleur. En plus on avait avant des morceaux plus orientaux que l'on a plus joué...

Un peu comme Backstab maintenant...

C: Oui ( Rires )
S : No Comment.
C: Non mais c'est des gens que l'on connaît aussi et qui sont vraiment cool, mais c'est des gens qui avant qu'on les rencontre faisait complètement autre chose. Mais on va pas en faire un plat.
S : on a fait un concert avec eux.
C: Je m'étais super entendu avec le chanteur qui est venu me voir après me demander plein de truc, d'un coté c'est cool aussi et c'est vrai qu'après on s'est côtoyer puis ils venaient nous voir à des concerts et puis d'un coup ils sont sortis avec un concept, du genre 6,7 mois après, on a vu "Techno Cyber Métal Oriental". Et puis on s'est dit :" Ah Bon!!!" . Mais bon, on va pas en faire une histoire, mais mois j'aurais au moins fait une dédicace, mais bon ça reste quand même des mecs super gentil qu'on côtoie régulièrement, Alex a d'ailleurs bossé avec eux, de touts façons, on a toujours essayé d'aider les autres groupes.
S: Et puis d'un coté, si on a pu influencer des groupes, c'est bien. Au moins le travail que tu as fait a apporté des choses à des gens. L'exemple, c'est "Da Boost" ( j'espère qu'on l'écrit comme ça NDLR), aussi, j'avais composé un intro pour le groupe, ça partait dans des trucs très percussif et après on attaquait sur une voix classique et on attaquait sur "No More Prayer". Et puis on a joué 5 ou 6 dates avec eux et au bout d'un moment ils se sont ramenés avec une intro super percussive, j'avais halluciné.
C:Là par contre c'était un peu trop car il y avait carrément du mimétisme au niveau de la scène. Quand on a vu ça on s'est tous regardé et puis on s'est dit : C'est une parano ou j'hallucine. Mais tu vois Backstab, si ça peut marcher pour eux, c'est cool, ça veut dire qu'à un moment dans leur vie, on a été là et on a pu les aider, moi j'irais à leur concert les voir et leur dire : Yes les mecs;

Et maintenant que va devenir Madjik ?

C: là déjà on va digérer tranquillement ça, on va prendre des vacances. Le truc le plus important c'est que l'envie de jouer ensemble, elle est toujours là dans le sens ou il n'y a aucun problème individuellement, c'est vraiment pas un problème humain. On est quand même 3 dans ce groupe qui jouent depuis 15 ans ensemble. Avec Xavier et Steph, on aura vraiment tout fait : les reprises, les pianos bars foireux... Maintenant aussi, je n'ai pas envie de perdre le nom Madjik et surtout le logo. Et je pense que l'on pourrait faire quelque chose, il faut que l'on en parle encore, et que ce soit un truc du style "Madjik présente", parce un moment j'ai bossé avec Steph et on a eu des idées sur des compos et qu'on fasse aboutir notre projet et ce sera sûrement "Madjik présente" le projet, et ce sera peut être Xavier qui va faire un projet Rap, Bastien qui va faire un projet Funk, j'en sais rien. Et puis le temps que l'on passera ensemble nous permettra peut être de rebosser ensemble et puis un jour on va se rendre compte qu'on a fait des trucs tous les 4 ensemble et on va se dire : Merde mais on a des titres là. Cette pause nous permettra à chacun de pourvoir réaliser nos projets perso même des projets qui n'ont rien à voir avec la zic. Et puis je pense que si on a d'autres projets et que l'on a besoin de musiciens, par exemple si j'ai besoin d'un bassiste, je ne vais pas aller en voir un autre que Bastien, vu comment il joue, et puis pourquoi j'irais chercher un guitariste alors que j'en connais un qui est mortel.
S: Le truc dans Madjik qu'on a réussi à faire et qui n'est pas toujours évident, c'est que chacun à sa place. On ne va pas marcher sur les plates bandes des autres musiciens.
C: En tout cas il y a pas mal de chance qu'il y ait d'autres projets qui soit sous le nom de "Madjik présente" et non pas sous le nom de musiciens qui ont fait un album. Pour moi Madjik c'est : " Rien ne se perd, tout se transforme"

On remercie Alex de Mad MAnagement pouyr cette interview.

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