En tant que fan absolu de La Ruda, quel plaisir de pouvoir interviewer le groupe de Saumur ! La rencontre a lieu à l’A.R.C.A.D.E. de Notre-Dame de Gravenchon (pour info ça se situe entre Rouen et Le Havre) et c’est Pierrot le chanteur qui se colle à la tâche avec une grande disponibilité et une grande gentillesse. En plein apéro autour d’un Pastis !

 


JB : je vais commencer par la question qu’on a du vous poser au moins un millier de fois ! Pourquoi avoir supprimé le « Salska » ?

 

Pierrot : Ah oui celle-là on a du me la poser ! Justement on est rôdé et on peut y répondre ! Plusieurs raisons : la première parce qu’on avait envie. Pourquoi on avait envie : un, parce que le jeu de mot « Salska » ne nous plaisait plus des masses. Deux, parce qu’on n’avait plus besoin aujourd’hui de s’identifier par rapport à un style en tant que tel. Au départ l’idée était concrète, La Ruda Salska c’était important parce que les gens avaient une idée de ce qu’ils allaient voir. Ils devaient se dire que c’était ska-rock, un amalgame entre les trois styles qu’on a voulu définir. Finalement c’est aussi un piège quand tu mets un style à l’intérieur d’un nom parce que déjà c’est un peu un leurre, parce que La Ruda c’est pas que du ska, et souvent il y a une assimilation de La Ruda à n’être qu’un seul groupe ska. Nous on est un groupe de rock qu’on qualifie d’alternatif, aujourd’hui on dit plutôt festif mais nous on préfère alternatif, c’est un rock plus réel qui passe aussi par le contre-temps. Donc le seul terme Ruda fait que c’est un terme générique, on se sent moins cloisonné à l’intérieur de notre musique. Ca enlève un peu le quiproquo qu’il peut y avoir vis-à-vis du style, même si La Ruda c’est toujours du ska, on peut dire La Ruda ou La Ruda Salska, moi-même en concert je dis encore La Ruda Salska. L’idée au départ aussi c’est que pour nous c’est assez naturel parce que les gens ont toujours dit « La Ruda », nous aussi, donc c’est un diminutif, une sorte de surnom dans la lignée de l’évolution du groupe. Donc voilà pour nous l’idée c’était surtout le fait d’éviter d’être enfermé dans un nom, maintenant on est plus libre même si finalement on ne change pas tellement, en tout cas à notre goût.

 

Je ne suis pas tout à fait d’accord ! Votre dernier album 24 images / seconde est assez déroutant, il y a beaucoup moins l’esprit ska, il est plus rock…

 

Oui à l’évidence c’est vrai. C’est honnête aussi de dire qu’à l’écoute de cet album, des influences du moment de cet album, que l’on ait aussi comme par hasard décidé d’enlever le « Salska » pour justement éviter ce quiproquo. Pourquoi parce qu’on avait plus envie de guitares. C’est pas forcément une stratégie commerciale parce que pour La Ruda, faire moins de ska c’est se tirer une balle dans le pied d’un point de vue du public, parce qu’en général c’est ce que les gens aiment voir, ils aiment bien ce côté-là. Mais ce qu’il fait que nous La Ruda on est sur le terrain depuis douze ans, on se permet d’aller vers ce qui nous excite parce c’est ce qui fait conduire, c’est ce qui fait qu’à chaque concert on est motivé, qu’on n’a pas l’impression de sa parodier, qu’on ait toujours du vent dans les voiles. Oui la direction est plus rock ce qui ne veut pas dire que c’est un virage définitif. L’album à venir aura plus de contre-temps par exemple. Un album ça correspond à l’humeur du moment, il se compose entre six et neuf mois, c’est l’humeur du moment qui fait que l’album a telle couleur ou telle autre. Nos goûts ont évolué aussi c’est évident, on n’écoute plus forcément ce qu’on écoutait il y a douze ans. Ca c’est de bonne guerre c’est tout le monde. Mais je trouve que dans l’esprit, pour nous mais c’est parce qu’on n’a peut-être pas assez de recul, on est dans une ligne de conduite assez similaire mais on s’autorise plus à aller voir ailleurs.

 

Justement puisque tu as parlé du prochain album, vous devez être proche de la fin de sa composition ?

 

Il est fini aux deux tiers. On va l’enregistrer au mois d’avril. On n’a finalement pas eu beaucoup de temps devant nous parce que, c’est toujours pareil, on dit qu’on va s’arrêter de jouer puis finalement on joue. On devait faire cinq dates on en fait vingt. On a joué pas mal cet été, on a beaucoup travaillé sur le DVD. Donc c’est assez long mine de rien de penser un album, on met beaucoup de morceaux à la poubelle…

 

Ca vous arrive justement de temps en temps de rependre des anciens morceaux qui n’ont pas été enregistrés ?

 

Oui, oui. D’ailleurs il y a des morceaux qui datent de 24 images / seconde qu’on reprend. Il y en a qu’on lâche parce que déjà on est huit donc il faut que tout le monde s’y retrouve, tout le monde n’a pas forcément les mêmes goûts, les mêmes aspirations. Il faut que tout le monde soit d’accord sur tous ces morceaux. Donc ça nous oblige à fournir beaucoup, donc on jette beaucoup. Et puis on les teste aussi en ce moment, ce soir on va en jouer quatre nouveaux par exemple…

 

Ah bon ?

 

Ouais ! Qui ne seront pas forcément sur l’album d’ailleurs mais en tout cas on va voir s’ils ont de la teneur. C’est très intéressant de pouvoir les tester sur scène parce que là tu peux pas tricher, tu vois vraiment ce qu’ils valent. Donc voilà on a fait une bonne moitié. Là il reste quatre mois, il ne faut pas la vendanger cette période parce que ces quatre mois qui vont venir, vu qu’on est un peu pris dans un système où on est à peu près sûr d’enregistrer au mois d’avril, on va avoir besoin de tourner en octobre 2006, on va reprendre une grosse tournée. Donc si les compos sortent pas, on va porter ça comme un boulet pendant deux ans derrière. Donc là c’est un peu une période stressante parce qu’on veut toujours que ce soit mieux, que ce soit parfait, il faut avoir des idées. On en a mais c’est du temps. Mais on est confiant pour l’instant.

 

Si je vous dis que 24 images / seconde frôle par instants le métal, est-ce que ça vous plaît ce genre de remarque ?

 

Ca ne nous gêne pas du tout ! Il y a des compos comme « L’eau qui dort » qui sont pas mal dans cet esprit. C’est vrai que les guitares ont été traitées de façon un peu métal.

 

C’est ce que vous avez cherché à faire ou bien ça s’est fait naturellement ?

 

C’est ce qu’on a voulu ! On s’est laissé un peu guidé par l’ingé son. On s’est laissé gentiment guidé. C’est un son qu’on avait pas encore utilisé vraiment donc pour nous c’est bien, ça donne un vent frais, dans un autre sens ça réveille les compos. Sur le prochain album je pense qu’on reviendra à un son un peu plus anglais en terme de guitare, même si on n’a pas encore enregistré. En tout cas on a voulu quelque chose qui sent bon la gratte, qui taille dans le gras !

 

Donc enregistrement en avril 2006, on peut espérer la sortie de l’album pour l’été prochain ?

 

Non, non. Le temps de l’enregistrer, avril, il sera fini d’être mixé fin mai, il va sortir en octobre 2006.

 

Vous avez douze ans de carrière. Je me suis amusé à un petit calcul : vous avez fait environ 700 concerts…

 

Entre 700 et 800 oui.

 

Ca fait environ un concert tous les six jours depuis que vous avez commencé le groupe ! Est-ce que ça vous arrive de sentir un peu de fatigue parfois ? C’est la passion qui prend toujours le dessus ?

 

C’est surtout beaucoup de bonheur, c’est quand même une chance de pouvoir jouer beaucoup ! On peut jouer beaucoup parce qu’on a la possibilité de le faire, parce que les salles nous invitent et puis parce qu’on n’a pas le choix ! Un album il faut le défendre, on n’a pas une couverture médiatique énorme, il faut être honnête, on ne fait pas partie des groupes « branchés ». Enfin quand on fait du rock’n’roll finalement c’est un peu le sort du truc. On ne peut compter que sur les concerts, que sur nous-mêmes. Donc si on veut installer un album c’est un an et demi de concerts pour le défendre. Il se défend sur le long terme. Donc ça occasionne au moins 150 concerts. Ca tombe bien puisqu’il se trouve qu’on aime ça, c’est une vie qu’on a choisie, c’est une vie qu’on considère comme privilégiée, on est dans l’épicentre de notre passion. Là on est heureux, c’est une aventure humaine. On a la chance de bien s’entendre humainement au sein du groupe. Tu vois, même s’arrêter pour prendre plus de temps ça ne nous convient pas parce qu’on a besoin de se retrouver sur scène, on a besoin de jouer, c’est quelque chose qu’on aime faire.

 

C’est compatible avec la vie de famille ?

 

Oui c’est compatible. Faut trouver les gens qui acceptent ça au départ. C’est vrai qu’on est tous maintenant plus ou moins pères de famille, c’est toujours un petit déchirement, enfin c’est vrai que c’est pas pire que les routiers ou les marins. Mais il faut être honnête, on est un peu des gamins, quelque part c’est un peu notre jouet. Il nous est arrivé d’arrêter de jouer pendant deux ou trois mois, c’est vrai qu’on n’était pas bien, ça nous manquait. Mais en même temps on a d’autres avantages. Nous on a la chance de pouvoir fonctionner en terme de tournée. C’est-à-dire en général on part deux mois et sur ces deux mois on avale quarante dates. Ce qui fait qu’on est un peu en opération commando pour prendre une grosse caricature mais c’est bien parce qu’humainement il y a le côté aventure, on est dans le bus tous ensemble et puis ça y est on part, on enchaîne quarante dates, on a notre projet, il sonne de mieux en mieux, on maîtrise de plus en plus notre sujet…

 

Ca ne donne pas le vertige au début, s’imaginer quarante dates à faire en si peu de temps presque sans pause ?

 

Sans jouer les vieux de la vieille c’est un truc qu’on a l’habitude de faire maintenant, c’est un truc qu’on aime bien. Justement pour ce côté on part en bloc, on est tourné complètement là-dessus c'est-à-dire que la vie de famille, le quotidien, c’est quelque chose qui détourne un peu de la musique et c’est dur de re-rentrer dans une ambiance de concert. Donc tu reprends tout à zéro, tes marques quelque part tu les as perdues. Quand t’enchaînes les dates tu rebondis sur chaque concert, c’est beaucoup d’énergie mais quand tu mets le cœur, quand tu aimes ce que tu fais, tu finis toujours par la trouver l’énergie. Donc ça a cet avantage, on tourne à bloc pendant deux mois mais et ensuite on peut s’arrêter pendant deux mois et donc là on peut s’arrêter tranquillement, de ne plus penser concert, de re-penser son chez-soi, de penser à autre chose. Entre nous plus forcément se voir parce qu’au bout d’un moment, quand on s’est vu pendant deux mois tous les jours on n’a plus besoin de se voir, même si on répète tous les jours on se voit quand même mais c’est dans le cadre d’une pression parce que c’est une pression un concert, on doit toujours être au mieux de ce qu’on peut faire. Donc des fois c’est un peu stressant, on a peur que le cœur nous lâche, la fatigue aussi, des fois c’est plus dur que d’autres, faut être honnête. On n’a plus vingt ans ! On est plus raisonnable également. Avant on ne concevait pas faire un concert sans vie derrière. Quand on enchaîne quarante dates on est plus raisonnable car on sait qu’il faut garder de l’énergie pour le lendemain. On gère un peu mieux notre truc et donc on a trouvé l’équilibre que fait que l’instant X, pendant 1 h 30 où là on dépense toute l’énergie qu’on a regroupée dans la journée. Ca renforce le côté humain, le côté groupe donc ça nous va bien. Et je le répète c’est une chance d’avoir la possibilité de jouer autant parce que c’est de plus en plus dur.

 

De plus en plus dur ?

 

Oui parce que les salles sont moins remplies. Il y a un phénomène, c’est bien aussi, mais le phénomène festival s’est tellement développé. Il y a beaucoup de festivals l’été, on peut voir de bons groupes en général pour relativement peu d’argent si on compare. Donc c’est dur la saison automnale. C’était un classique, tu remplissais les salles mais c’est de plus en plus dur parce que l’été tout le monde a vu tous les concerts donc maintenant il faut « raquer » 15 € pour voir un seul groupe. Donc ça veut dire que les gens qui vont venir sont un noyau de fans donc il faut aller les chercher. Et il faut les renouveler, j’imagine bien qu’il y a des gens qui écoutaient La Ruda il y a douze ans qui ne nous écoutent plus du tout et ainsi de suite…

 

Ce soir c’est complet, sachant qu’on est à Notre-Dame de Gravenchon, ville méconnue entre Rouen et Le Havre !

 

Oui on est ravi ! C’est déjà une belle salle, une bonne chauffe. On n’est pas gavé de ça, le fait  que les gens viennent, se donnent la peine de se déplacer, de donner un peu de leur temps, un peu de leur argent. Donc la fatigue, justement t’as pas le droit d’en avoir, donner le meilleur de toi-même c’est le minimum syndical.

 

Quand on connaît vos quatre albums, on a l’impression que tout pourrait être joué sur scène. Comment vous faites le choix de ce que vous jouez ? Est-ce que vous avez envie parfois de reprendre des morceaux qui n’ont pas été joués depuis longtemps ?

 

Oui on s’aperçoit souvent qu’ils ont vieilli ces morceaux-là. C’est un peu notre défaut qu’on a un peu de mal à corriger, on a toujours tendance à privilégier les morceaux qui cognent.

 

Ca s’entend sur Dans la vapeur et le bruit !

 

Oui ! Il faut être honnête, on n’est jamais aussi bien que quand on est dans l’énergie. Quand il s’agit de la contrôler on se sent moins à l’aise. Parce que quand on est moins dans l’énergie, quand on fait des chansons plus posées, on est fait mais c’est pas la majorité du répertoire, pour nous ça fait un effet d’impudeur. On a l’impression que les gens nous regardent, qu’on est plus dans une sorte de timidité, « putain ça bouge pas ! » Alors que quand on est dans l’énergie, quand on va vers le public, quand on va les chercher, on ne sent jamais aussi meilleurs que quand on est conquérant. Donc on a besoin de ce rapport physique et c’est vrai que parfois on a un peu tendance à pousser un peu le bouchon. Mais voilà ça fait partie des défauts de nos qualités. Mais on essaye aussi de faire varier les sets. On a 60-70 morceaux, il y en a on sait qu’on ne les jouera plus, et puis on en met au goût du jour de temps en temps.

 

Vous venez donc de sortir ce double album live Dans la vapeur et le bruit, quatre ans seulement après un premier live En concert, ce n’est pas très courant non ?

 

Pour la simple raison qu’on a sorti le DVD, c’est là l’intérêt principal. Ca ne coûte pas plus cher de le sortir en audio. Mais on s’est dit, s’il y en que ça intéresse de l’avoir en CD qui n’ont pas de lecteur DVD ou qui ne connaissent pas La Ruda, ils pourront se procurer celui-là, c’est l’instantané de ce qu’est La Ruda aujourd’hui. Mais pour nous l’intérêt majeur c’était le live en images. C’est vrai que l’autre live n’est pas très vieux, il a quatre ans, donc ce n’est plus le même set. On a sorti le premier live au bout de deux albums. Le deuxième au bout de quatre donc il y a de nouvelles chansons. Même si on ne va peut-être pas prendre l’habitude de sortir un live tous les deux albums. Donc voilà, pour ceux que ça intéresse, ils auront ce qu’est La Ruda aujourd’hui. Le palier c’était d’apporter l’image au son.

 

En tout cas ce sont deux live qui sonnent très différemment, ce sont deux époques…

 

Oui le dernier n’est pas fait pareil. On ne joue plus de la même façon. Nous on est à l’intérieur de l’œuf donc on le voit bien. Mais on s’est posé aussi la question, c’était peut-être un peu tôt. Mais bon voilà, c’est l’occasion qui a fait le larron ! Et c’est vrai que les gens ont une telle image de nous en live, donc ils se réfèrent plus à nos lives qu’à nos albums. Donc c’était important de marquer les époques.

 

Et surtout d’affirmer que vous êtes avant tout un groupe de scène ?

 

Oui, on est avant tout un groupe ! Les albums c’est aussi important. Mais la scène c’est notre meilleur véhicule c’est vrai.

 

Tu parles très positivement de ta vie au sein de groupe mais quelle est la place des moments difficiles ?

 

Ah y a des moments ça ne va pas ! On ne s’entendait plus avec notre ancien bassiste, on a changé, maintenant on a Xavier. C’est comme une vie de famille, il y a des conflits…

 

C’est vrai que les changements de line-up sont rares dans La Ruda !

 

Depuis 95 peu ! De l’origine du groupe, Manu et moi-même sommes les deux seuls depuis 1993, de l’époque saumuroise du groupe. A l’époque on ne gagnait pas notre vie, on jouait pour un pack de bière ! J’exagère à peine, on tapait la manche, c’était un sacerdoce. Par rapport à une vie de famille c’était un vrai choix. C’est pour ça qu’on est très heureux, qu’on défend notre bifteck, on a besoin de jouer puisqu‘on sait que c’est par ça qu’on reste la tête hors de l’eau. Mais je reviens sur la fait que si nous La Ruda on a réussi à s’installer c’est peut-être aussi parce qu’on a su avoir un certain talent mais on a su surtout durer et le montrer sur le long terme et convaincre. Il y a une quantité incroyable de groupes qui avaient beaucoup plus de musique dans les doigts mais qui ont explosés en plein vol au premier succès, aux premières galères, au premier camion qui tombe en panne. Et donc ce qui est dur c’est de durer, de se donner du temps pour réussir. Avant tout c’est ce qu’on fait, on ne fait pas de la figuration, c’est pour ça que comme je te disais, on va vers ce qui nous excite, sinon t’as plus envie de faire quarante dates en deux mois, t’as plus envie de partir. Il faut toujours entretenir cette excitation.

 

C’est difficile de répondre à ça mais d’après toi, qu’est-ce qui a changé en douze ans ?

 

Un peu tout et rien ! Je trouve que finalement pas grand-chose. On a plus su évoluer dans la mentalité que dans l’envie. On est toujours mort de faim aujourd’hui, je n’aime pas dire des mots clichés comme ça mais c’est vrai. On a pris le pari de se structurer, on produit nous-mêmes nos albums. Mais qu’est-ce qui a changé… Par rapport au tout début tout parce qu’un succès est quand même arrivé, relatif mais un vrai succès, le groupe est plus installé, on a toujours à prouver, on fait partie de ces catégories de groupes, comme les Marcel ou d’autres qui ont toujours à prouver. On est plus pro dans le bon sens du terme, on a plus les moyens de bien faire les choses. Ce qui a changé aussi, même si je te disais que l’envie était le même,  c’est que tu ne retrouveras jamais la folie des débuts. Au début tous les matchs étaient des finales de coupe du monde ! T’es émerveillé de tout, les compos venaient toutes seules. Mais plus tu fais de morceaux et plus c’est dur d’en faire. Parce que t’essayes de ne pas faire un morceau que tu as déjà fait. On est plus blasés de certaines choses, il y a des trucs où on est moins excités que d’autres, ce ne serait pas honnête de dire le contraire ! Mais pourtant il y a forcément des choses qui ont changé, on est moins résistant, on est passé de 21 ans à 33 ! Les concerts sont plus durs mais je pense que dans l’énergie ça n’a pas changé grand chose.

 

Dans votre métier, est-ce que ça existe la routine ?

 

Il peut y avoir une certaine routine mais il faut justement essayer de la combattre en se mettant des coups de pied aux fesses, en se mettant un peu en danger sur les compos. Mais c’est ce qui fait que ce métier est beau ! Mais nous on n’a pas l’impression de faire un métier en fait ! Même si on gagne notre vie avec.

 

Tu es chanteur mais aussi écrivain, quel est ton regard sur la chanson française voire le rock français d’aujourd’hui ?

 

Evidemment je ne te parlerai pas de Star Ac, c’est de la variété pour gosses, c’est du grand guignol. Il y en a qui aiment ça mais tant mieux, nous on s’en fout. Il y en a qui préfèrent passer leur samedi soir devant la télé, d’autres vont en concert pour moi c’est deux mondes. Et puis il y en toujours eu, ça a toujours existé. Pour parler de la création, moi j’aime beaucoup ça la chanson française, j’aime beaucoup cette culture, Sanseverino, Bénabar, Fersen, Delerme… on aime ou on n’aime pas mais je trouve qu’il y a de la personnalité. Aujourd’hui tout le monde ne signe que ça.

Sur le rock il n’y a pas grand chose par contre. Aujourd’hui on a AqME, Eths…

 

Tu connais ces groupes ?

 

Eths j’aime bien ! Par contre AqME je ne suis pas fan, je n’en écoute pas chez moi. Mais Eths j’aime bien, j’aime bien les Mass mais bon là je ne suis pas objectif parce qu’on se connaît depuis bien longtemps ! Mais ça me fait un effet bizarre d’avoir un avis là-dessus même si je pense que la création se porte plutôt bien. Mais il n’y a pas beaucoup de sang neuf dans le rock français. Aujourd’hui il y a deux axes : Noir Désir est parti il faut prendre cette place-là (Luke tout ça)  mais c’est toujours une question de mode. Avant c’était le rock breton, celtique en ce moment c’est la chanson française, c’est la chasse à ça.

 

Je te remercie pour tout Pierrot !

 

Ca m’a fait plaisir c’est moi qui te remercie !

 

 Un très grand merci à Pierrot bien sûr, à La Ruda pour tout le plaisir procuré, au Père Noël (surnom du manager du groupe), au personnel de l’A.R.C.A.D.E. ainsi qu’à Céline pour ses très jolies photos du concert. Et salutations au groupe nantais Six-8 qui assurait la première partie ce soir-là.

Crédit photos : Céline Douchet

http://www.larudasalska.net
 

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