Quelque part entre la fureur des coups de Jet Li, les crissements d’un hachoir sur un mur d’acier et les pas d’un Meccha sur le béton d’une Megacity en panique, vient d’exploser le second album de Pleymo. Et les riffs ne cessent de résonner, les mélodies de s’insinuer au fond de l’être.
Lourde, racée, épileptique, la machine Pleymo est lancée à pleine vitesse, comme jamais avant dans l’hexagone.
Episode 2 : Medecine Cake s’annonce donc comme une surprise de taille, une sorte de réveil à coup de marteau pour toutes les tribus cyber intubées à la lourdeur de Korn, aux rythmiques de NTM, de Prodigy et à la rage des Deftones. Une surprise pourtant d’une implacable logique quand on observe le parcours des Parisiens qui, depuis leur premier album en juin 99 Keçkispasse ? chez Wet Music, ont su fédérer un public devenu famille qui forme aujourd’hui cette nouvelle génération électrique secouant sans cesse la France à coup de pied.
Ainsi, depuis leur formation en 97, Pleymo a su instaurer la résistance à l’ennui et au formatage, en cultivant une attitude et un esprit représentatif du fourneau de ces cultures qui font aujourd’hui bouillonner la scène rock et rap française là où on ne l’attend pas. Les ingrédients de cette recette miracle ? Une ouverture d’esprit aux nouveaux sons allant du hip hop underground aux musiques électroniques et aux extrêmes du métal nouvel âge, la culture du posse (leur Team Nowhere comprend notamment d’autres activistes comme Enhancer et Aqme) et une image intégrant autant le Manga que l’ “ attitude pride ” à l’américaine que beaucoup n’ont pas eu l’audace de revendiquer haut et fort. En bref, Pleymo, comme tous ceux qui ont marqué le rock de leur empreinte, n’a jamais eu peur d’aller chercher plus loin que le bout de son nez. En regardant l’avenir droit dans les yeux plutôt que de mater ses pompes.
Fort de concerts désormais suivis par une horde d’aficionados, Pleymo a donc su prendre à la gorge tous ceux qui s’aventuraient sur leur territoire de prédilection : la scène, le théâtre des opérations de propagande du bruit. Une démarche qui va amener les membres du collectif à croiser entre autre le chemin des Deftones et de Incubus (Lyon le 5/07/01) et qui va leur faire prendre conscience de la force de leur titres sur un public, la tête déjà bien mise à l’envers par les nombreux side kicks et low punchs des seigneurs de l’arène néo-métal, à savoir Korn, Slipknot, Limp Bizkit (qui leur doivent encore un concert) ou Mass Hysteria en France.
Largement encensé par les médias français qui ne peuvent que saluer leurs assauts, leur personnalité et leur incroyable énergie, le buzz sur Pleymo n’a alors fait que s’amplifier et le groupe, désormais bien rodé, se décidera en 2000 à signer avec Epic/Sony après un sévère bras de fer inter majors. Dès lors, le challenge prend une autre tournure.
Mais Pleymo aime les paris difficiles et après avoir étudié plusieurs options étrangères, le groupe prend le parti de réaliser son album avec Fabrice Leyni, producteur de NTM, BOSS, IV My People…Un choix qui va s’avérer des plus judicieux à l’écoute de Episode 2 : Medecine Cake, puisqu’en intégrant son approche du hip hop à la furie métallique de Pleymo, le producteur ne va faire qu’augmenter la dynamique des titres et pousser le groupe vers une approche plus compacte de leur musique.
“En fait, Fabrice a été très exigeant avec nous, il nous a poussé à travailler les chansons, à nous concentrer sur chaque morceau en allant droit au but plutôt que de nous disperser et essayer de mélanger tout ce qui nous passait par la tête. Au final, nous avons essayé de conserver l’énergie à l’arrache de la scène et de développer un véritable univers par chanson.”
De la spontanéité enragée du groupe et de l’exigence du producteur va naître un monstre unique, une hydre qui ouvre des horizons jamais explorés par un groupe français, empruntant autant au rap, au hardcore au métal des 90’s qu’à la trash culture mondiale, élevée au rang de philosophie façon “ voilà le new age du chaos ”. Un état d’esprit ultra ancré dans ce nouveau complexe réel virtuel, sans retenue, sans préjugés et brut de décoffrage qui transpire aujourd’hui autant dans la musique que dans les textes.
“ Au départ, nous étions partis dans une idée de concept album qui fonctionnait comme un scénario (cf l’histoire du Dr Tank dans le livret) et puis petit a petit, on a préféré laisser les titres vivre par eux-même, raconter leurs propres histoires. Fabrice nous a d’ailleurs beaucoup poussés à travailler le flow, à simplifier le vocabulaire, pour que les images soient plus parlantes et plus directes. ”
Ainsi, tel un animal nouveau, ne ressemblant qu’à lui-même, Episode 2 : Medecine Cake impose le respect, grâce à une maîtrise parfaite de la hargne (emmenée par les riffs down-tunés imparables de Tank ou Compact (avec Bob / Watcha et Flavien / Wunjo), du groove lourd et taillé au rasoir (le judicieux mélange basse/batterie/samples), et surtout de l’incroyable travail mélodique apporté à des titres comme “ New Wave ” (le premier single), World ou Star FM-R (Avec Martin / Stereo Typical Working Class). Bref, sans prétention mais avec assez de volonté et de confiance en eux, les Pleymo viennent de créer leur propre genre, un complexe neuronal où fusionnent autant Eminem et Redman que Slipknot et Linkin Park.
Alors effectivement, demain ou après-demain, l’aurore métallique aura certainement les couleurs de Pleymo et les contours de l’écurie Nowhere, parce qu’on n’arrête pas l’inévitable. Et qu’on n’empêche pas la musique de décider elle-même qui sera le prochain parrain.